| On se souviens encore qu’en 1989, le docteur Kachpirovsky anesthésia « à l’antenne », par télé depuis Moscou les patientes à Kyiv et à Tbilissi qu’on opérait à l’abdomen à l’instant même. L’arrière automne 2009. L’Ukraine coule à pic, abattué par la crise économique mondiale, mais aussi victime d'un collapsus politique de système et d'une corruption omniprésente. Et des campagnes électorales anticipées à la chaîne. Les gens sont déçus, comme jadis. Et juste maintenant, LUI, il émerge de ce néant une fois de plus, ce docteur Kachpirovsky. Sur la chaîne nationale, la «1+1» regardée par tous, le vendredi, Kachpirovsky fait sa séance pour réunir de nouveau des centaines de milliers de gens. On voit ce visage, on entend cette voix, issue du passé. Il est précurseur de quoi aujourd’hui ? A l’époque, il était messager de la fin de l'époque soviétique. Mais après... Je me souviens de l’été 2004. A Tchernivsty Kachpirovskiy recevait les souffrants. La file d’attente s’étendit en plusieurs centaines de mètres, les gens espéraient obtenir un remède, une cassette vidéo avec son image guerisseur. La colère montait peu à peu, les gens reprochaient aux fonctionnaires locaux de ne pas avoir assuré les conditions dues pour qu’ils puissent le rencontrer, LUI. Et déjà tout près de l’entrée du palais des sports, où Kachpirovsky recevait ses malades, les dolents, les incommodés, les grabataires, on ressentait leur état devenir une psychose massive aiguë. J’ai été atterrée de ce que j’ai vu. Des regards vitreux, un foi aveugle, des melées pour s’arracher une place au plus près de LUI. Ces pauvres ukrainiens, exaltés, surexcités par toutes ces hystéries répétitives de ce pays sont prêts à deviner chaque parole de Kachpirovsky sur ses lèvres, le croire sans broncher. Et si il est venu pour nous annoncer une autre fin. La fin de quoi, cette fois ? |